Juste avant le crépuscule

« Le boulevard, ce fleuve de vie, grouillait, dans la poudre d’or du soleil couchant. »

J’aurais pu être perdue au milieu d’un désert ce dernier vendredi soir, ma solitude en eu été moins grande. Mais là, cette rue, cette foule bouillonnante, étincelante dans la semi-obscurité de Kuala Lumpur me renvoyait à ma détresse, à ton absence, faisant vibrer ma folie à l’unisson des cris de cette humanité pleine de joie, en décalage total avec ma folie.

Les odeurs de curry aux pieds des Pétronas, ce vagabond réclamant un peu d’argent, assis sous la pluie, cherchant, transi de froid, un regard à accrocher, même furtivement. Longtemps j’avais été comme lui, à guetter sur les visages un soupçon de tendresse et à y croire mais là, toute la vie de la métropole n’était plus, n’était déjà que trop.

Mes yeux s’étaient éloignés des gens pour se tourner vers le ciel pour toujours et à jamais.

Fin de la pollution, des gaz d’échappements, de toute la crapouasse de merde engendrée par les paradis artificiels. Dans ma tête, une seule musique : la tienne, la nôtre. Et tandis que la cité s’endormait, que la nuit tombée dispersait la poudre d’or du boulevard jadis surpeuplé, l’alcool et les autres poisons se distillaient en moi symbiotiquement.

Un regard, le dernier, toujours plus haut, l’ombre fugace d’un nuage déjà noir, ton visage disparaissant et l’arrivée subite, depuis les ombres mortes, des tombe-nuits et de leur horde de fées.

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